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Hommage à un grand homme (Par Emilie Bisson)
Il y a un an, le 31 mai 2009, Dr George Tiller était assassiné. Il pratiquait, depuis 1970, des avortements de premier, deuxième et troisième trimestre dans la clinique médicale privée qu’il dirigeait à Wichita, dans l’état du Kansas aux États-Unis. Il se spécialisait particulièrement dans les interruptions volontaires de grossesse au-delà de la 24e semaine, dans les rares cas où des malformations graves et irréversibles au fétus étaient diagnostiquées tardivement ou dans les cas où la grossesse compromet sérieusement la santé de la femme. Il a ainsi acquis une grande notoriété dans son milieu. Notre société a besoin de ce type de médecin et le fait qu’il était l’un des rares spécialistes à offrir ce service est très préoccupant. Il a consacré l’ensemble de sa vie active à venir en aide aux femmes et à revendiquer leur autonomie. Il était un fervent défenseur de la liberté de choix de recourir à un avortement.
Pendant près de quarante ans, son parcours professionnel a sans cesse été parsemé d’obstacles. Tout au long de sa carrière, il a été la mire des antagonistes radicaux au droit à un avortement professionnel et sécuritaire. Menaces, atteinte à l’intégrité physique, actes de vandalisme et poursuites légales étaient tous des moyens utilisés tour à tour et sans relâche par les opposants farouche au libre choix. Animé par un humanisme sans borne et une volonté inébranlable, il a n’a jamais cessé de prodiguer des soins aux femmes qui en avaient besoin malgré la forte opposition à laquelle il faisait face. Pour toute réponse, Dr Tiller intensifiait les efforts pour encadrer et soutenir les femmes tout en acceptant et en assumant les risques associés encourus en tant que cible de choix. Ce courage lui a valu une renommée internationale. L’expression « Attitude is everything » dont il faisait la promotion était une petite phrase toute simple qui référait à un profond désir de paix, de respect et de tolérance. Fondamentalement, Dr George Tiller était d’avis qu’une famille est capable de choisir, de façon consciente, éclairée et autonome, parmi les options qui s’offrent à elle lorsqu’elle fait face à une épreuve, incluant une grossesse risquée et complexe.
Quelques mois avant son départ à jamais, j’ai été entouré par la bonté infinie de ce médecin exceptionnel. La peine, le désarroi et le sentiment d’impuissance que j’ai éprouvés à l’annonce de sa mort et qui m’ont rongés longtemps après se sont tranquillement transformés en une sorte d’énergie que j’arrivais tant bien que mal à saisir. Avec le temps, la réponse est venue d’elle-même. J’ai commencé à canaliser cette énergie et à m’en servir pour continuer, à ma façon, l’œuvre de Dr Tiller. Le monde qui nous entoure nous envoie quotidiennement des messages concernant la place l’avortement dans la société, messages qu’il ne faut pas ignorer ni prendre à la légère. De petits gestes concrets, s’informer et informer constituent la clé pour laisser ouvert aux femmes le chemin des possibilités, du libre choix. Et mon désir de pousser l’action plus loin ne fait que grandir, tous les jours.
Mais aujourd’hui, je m’arrête. Pour me souvenir. Je m’arrête pour cet homme qui a sacrifié sa vie pour celle des femmes. Pour le médecin qui, après avoir entendu parlé du cas d’une femme qui est décédée suite à un avortement réalisé dans un environnement non sécuritaire, a décidé de mettre à profit ses connaissances médicales pour offrir des services d’interruption volontaire de grossesses aux femmes qui font ce choix. Je m’arrête pour me rappeler, célébrer cet homme pour qui la raison de vivre était la santé des femmes. Ce n’est que pour repartir avec encore plus d’énergie, à l’image de cet homme de grand respect, médecin littéralement dévoué au bien-être des femmes et de leurs familles.
Dr Tiller vit dans mon cœur, à travers les belles chansons que j’entends et par les actions que j’entreprends. Il a sauvé tant de femmes et leurs familles. Aujourd’hui, tant de femmes ont besoins de soins. Et celles-ci sont la raison pour laquelle il faut continuer le combat que menait avec fierté Dr George Tiller
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