Décembre 2006

Une des choses que j’ai apprises de mon avortement, c’est que je ne suis pas seule. Pourtant, je ne suis jamais sentie aussi seule que pendant les jours qui ont suivi la découverte de ma grossesse.

J’ai un gros groupe d’amies et une famille merveilleuse, mais je n’arrivais pas à leur dire ce qui m’était arrivé et ce que j’avais l’intention de faire. Mon éducation catholique n’aidait certainement pas, et il y aura toujours quelqu’un que vous aimez ou en qui vous avez confiance qui se détournera de vous, quelles que soient vos croyances ou vos traditions. Ma famille n’aurait pas compris. Quant à mes amies, il y en a qui ont elles-mêmes des enfants, certaines par accident, comme moi. Mais elles ont fait un choix différent du mien… comment pourraient-elles me comprendre?

Ça ne faisait pas un an que nous étions mariés quand j’ai appris que j’étais enceinte de six semaines. Nous en avions parlé avant et nous avions convenu que les enfants attendraient un moment, le temps d’établir nos carrières, de retomber sur nos pattes financièrement, et certainement pas avant ce grand voyage que nous planifiions depuis bien longtemps.

Même avant que je prenne le test, nous avions convenu que je me ferais avorter. La décision n’avait pas été longue : nous n’étions pas prêts, c’était un accident, un problème à régler. Mais c’est bien différent quand vous êtes vraiment confrontée au problème et que vous n’avez pas le choix de le régler : les appels téléphoniques, les rendez-vous, les conversations avec des étrangers, et le besoin de faire face à vos responsabilités alors même que votre univers s’écroule autour de vous. Heureusement, j’ai trouvé des gens merveilleux et attentionnés qui m’ont aidée et qui ne m’ont jamais abandonnée tout le long du processus.

J’avais deux semaines à attendre avant mon rendez-vous à la clinique. C’est ce qui a été le plus dur, parce que mes hormones étaient hors de contrôle et je n’arrêtais pas de pleurer. J’étais toute gonflée et j’avais toujours envie de dormir. Je voulais que les choses reviennent à la normale, mais il fallait que j’attende. Avec le recul, je suis contente d’avoir dû patienter pendant ces deux semaines : ça m’a donné assez de temps pour mûrir ma décision et en être absolument certaine avant d’agir.

J’ai trouvé la clinique moins pire que je craignais : c’était comme chez n’importe quel médecin. J’ai vu deux ou trois autres filles là-bas, et ça m’a tellement soulagée de savoir qu’on était dans le même bateau et qu’on vivait le même cauchemar. Pour l’avortement lui-même, par contre, j’étais pétrifiée. L’infirmière m’a tout expliqué et m’a donné des analgésiques, et un autre médicament pour m’aider à relaxer. Quinze minutes plus tard, tout était fini, et je n’avais presque rien senti ! Le médicament était génial et m’a complètement changé les idées. On m’a envoyée m’allonger une vingtaine de minutes, puis j’ai pu rentrer chez moi. C’était aussi simple que ça.

Je ne regrette rien. Je n’étais pas prête à avoir un enfant et j’aurais dû assumer les conséquences de ma grossesse toute ma vie si j’avais décidé de la mener à terme. Si un jour je veux être mère, je pourrai décider de le faire quand je serai prête.

Je n’ai jamais parlé de ça à qui que ce soit, parce que le sujet est encore trop tabou et parce que je ne veux pas perdre mes amies ni faire mal à ma famille. Je pense que je suis encore la même personne que j’ai toujours été et que rien n’a changé. Je ne pense pas qu’une personne devrait avoir le droit de vous juger si elle n’a pas vécu la même expérience que vous.




Betty, à 81 ans

Ça fait au moins 40 ans que je suis pro-choix. Je suis pro-choix parce que sinon, c’est la santé des femmes qui est en jeu. Sans compter que chaque enfant devrait avoir le droit d’être désiré.

Je me suis mariée en 1952, et mon mari et moi avons utilisé des contraceptifs pendant quatre ans, jusqu’à temps que nous décidions d’avoir des enfants. Dieu merci, ces contraceptifs n’étaient pas illégaux, même si l’avortement l’était encore à l’époque.




Devenir mère

Je regarde mon fils Zacharie, et le mot qui me vient à l’esprit, c’est « merci ». Merci, parce qu’il est en bonne santé. Merci aussi, parce qu’il était désiré et parce qu’il est aimé sans arrière-pensée ni regret.

C’est vrai : on prend pour acquis le fait que certains enfants ont cette chance, mais ce n’est pas toujours le cas. Zacharie est ici aujourd’hui parce que sa mère avait à décider si elle interromprait une grossesse non désirée, une grossesse survenue trop tôt pour me permettre d’être la mère que souhaite un enfant.

Je suis tombée enceinte à 20 ans. Si je n’avais pas pu me faire avorter, je sais que Zacharie ne serait pas ici aujourd’hui. Le choix que j’ai fait à l’époque m’a permis de continuer mes études, ma vie, et ma relation.

Douze ans plus tard et après des années à y réfléchir, j’ai fait un autre choix : celui de donner naissance à un enfant à qui j’avais désormais les moyens d’offrir mon cœur et un toit. Nous ne sommes pas riches, mais nous sommes rendus à un âge où nous sommes assez mûrs pour faire les sacrifices nécessaires pour répondre aux besoins de nos bébés.

Est-ce que j’aurais pu faire la même chose quand j’avais 20 ans ? Bien honnêtement, non.




Martine se raconte

J’avais 22 ans, je venais d’avoir mon diplôme et je suis tombée enceinte. En 1967, c’était illégal de se faire avorter. Comme je n’avais pas les moyens de consulter un professionnel discret, j’ai dû aller chez un avorteur officieux. Quelques heures après son « opération », je me suis effondrée dans la rue et on m’a amenée à l’urgence.

J’ai repris connaissance en entendant quelqu’un dire « Je crois qu’on a sauvé le bébé ». J’en ai alors été réduite à refuser tout médicament et toute nourriture et à me rendre si insupportable que j’ai fini par aboutir à l’aile psychiatrique, où l’on m’a jugée suffisamment « instable » pour me permettre un avortement.

J’espère simplement que plus personne n’a besoin de vivre ça maintenant




Marion, 70 ans, Ontario

Ça fait longtemps que j’appuie les efforts de l’Association canadienne pour la liberté de choix et de l’organisme qui l’a précédée, CARAL. Pourtant je n’ai jamais subi d’avortement, je n’en ai jamais eu besoin, et je ne connais qu’une seule femme de mes amis qui a dû se faire avorter parce qu’elle avait attrapé la rubéole.

Mais je suis absolument convaincue que chaque enfant devrait être désiré et élevé au sein d’une famille qui l’aime, plutôt que d’avoir une jeune mère qui n’a aucun appui financier ni émotionnel. C’est pour ça que je vais continuer d’appuyer le droit de chaque femme de choisir.




Toronto (Ontario), 1985

Je suis tombée enceinte à cause d’un homme que j’étais persuadée d’aimer. Pourtant, il n’avait même jamais voulu entendre parler d’une vasectomie. J’avais déjà pris la pilule, mais on m’avait recommandé un stérilet vers ma mi-trentaine, et il venait d’échouer. Les docteurs n’avaient pas voulu procéder à une ligature des trompes avant, parce qu’ils croyaient que je changerais d’idée.

Je trouve ça encore un peu dur de ne pas avoir eu d’enfant, mais je SAIS que j’ai pris la bonne décision. Les médecins et les infirmières de Toronto ont été merveilleux pendant l’opération.




Winnipeg (Manitoba), 1976

C’était dur de se procurer des contraceptifs ou de se faire avorter quand j’étais adolescente, même dans une grande ville. À moins de savoir où aller. J’avais grandi dans un quartier protégé de la classe moyenne, et je ne m’étais jamais posée la question avant d’avoir environ 16 ans et mon premier emploi à temps partiel (et mes premiers contacts avec l’extérieur). Une de mes collègues, qui devait avoir deux ou trois ans de plus que moi (18 ou 19 ans, je crois), m’a raconté comment elle était tombée enceinte et qu’elle avait dû se rendre jusqu’à Montréal pour se faire avorter à la clinique du Dr Morgentaler. Je pense qu’elle se croyait plus mûre et plus expérimentée après son aventure, et elle en parlait à toutes ses collègues plus jeunes (comme une mère qui veut donner des conseils). Elle m’a dit de ne jamais prendre de risque et d’aller à une clinique locale qu’elle connaissait et où le personnel acceptait de prescrire des contraceptifs à des mineurs sans en parler à leurs parents si jamais j’en avais besoin.

Pas longtemps après avoir commencé à sortir avec celui qui est mon mari depuis 25 ans, je me suis rappelé son conseil. Dieu merci pour cette clinique, une des toutes premières en santé reproductive à Winnipeg. Grâce au conseil de ma collègue et à cette clinique, dont je n’aurais jamais entendu parler sinon, mon mari et moi avons terminé nos études universitaires, nous nous sommes mariés, et nous avons fini par avoir (par choix) deux merveilleux enfants. Je n’ai jamais pris ça pour acquis, par contre, et depuis, j’ai toujours appuyé le droit de choisir en matière de procréation, et l’éducation des jeunes dans ce domaine.




Le point de vue d’une infirmière

Pas grand’chose à dire, si ce n’est que je travaille comme infirmière en santé publique depuis 1967, souvent dans des programmes de santé sexuelle. Les choses ont bien changé depuis mes débuts. Tellement mieux de pouvoir aiguiller une femme directement vers des services d’avortement sécuritaires. Tellement moins de choc émotionnel, de gêne, d’humiliation, de punitions.

Et il y a la contraception maintenant. Je n’arrive pas à imaginer qu’une jeune femme ne puisse pas facilement obtenir de contraceptifs (même si le manque de généralistes préoccupe de nouveau certaines femmes). La clientèle de notre clinique est surtout composée de jeunes de moins de 25 ans. Une de mes bonnes amies avait essayé d’obtenir la pilule en 1966, et on lui avait dit non parce qu’elle n’était pas mariée ! L’idée qu’on pourrait repousser l’âge du consentement à 16 ans me donne le frisson. Je me rappelle qu’on demandait aux filles de signer comme quoi elles avaient 16 ans, pour leur permettre d’être couvertes. Pas beaucoup de jeunes de moins de 16 ans dans ma clinique, mais assez pour prouver que le besoin est réel.

Les filles enceintes en ont assez à gérer sans en plus avoir à se demander comment mettre fin à leur grossesse. Peu importe que ce soit une erreur de jugement ou un accident, ou n’importe quelle autre raison. Qui n’en a pas fait autant, à répétition ? « Mes » jeunes peuvent facilement aller dans une ville qui offre les services nécessaires. Mais il y en tellement d’autres qui n’ont pas autant de facilité.




Montréal, 2003

Je me suis toujours définie comme pro-choix, avant même d’avoir rencontré quelqu’un qui s’était fait avorter ou de l’avoir moi-même fait faire. C’est après avoir appris que l’avortement avait déjà été illégal par le passé et que ça avait poussé plein de femmes à se faire avorter clandestinement que je me suis convaincue que ça ne sert à rien de restreindre l’accès à l’avortement.

Avant de me faire avorter, je pensais que les avortements devraient être permis mais que je ne passerais jamais par là personnellement. C’est ce que je pensais jusqu’à il y a quatre ans, le jour de mon 25ème anniversaire. J’étais sortie avec des amis, on avait bu, on s’était amusés. Quand j’ai voulu rentrer chez moi, il était trop tard pour les transports en commun (pas d’autobus ou de métro à cette heure-là dans mon coin) et j’ai décidé de prendre un taxi. Un ami a offert de m’accompagner jusqu’au taxi, et j’ai accepté. Puis il a offert de monter dans le taxi avec moi et j’ai accepté parce que je ne me suis jamais sentie à l’aise seule dans un taxi. Arrivés chez moi, il m’a demandé la permission d’utiliser la toilette, mais il a refusé de partir après. Il a fini par passer la nuit chez moi, et il m’a violée. À un moment donné, je me suis réveillée, et il était dans moi. Je n’ai pas encore compris comment une femme qui dort est capable de consentir, mais ça, c’est une autre histoire. Je me suis sentie stupide et naïve, parce que je n’aurais jamais cru que ça pourrait m’arriver. Aucun de mes autres amis gars ne m’aurait fait quelque chose comme ça. Aucune femme ne pense que ça lui arrivera.

Heureusement pour moi, les avortements étaient légaux et accessibles. Parce que sinon, je ne sais pas ce que j’aurais fait. C’est déjà assez traumatisant de me rappeler cette expérience à chaque nouvel anniversaire. Si j’avais en plus été obligée de me rappeler la naissance d’un enfant de cet homme-là, je suis sûre que ça aurait été pire pour moi.

Pour me faire avorter, je suis allée à la clinique Morgentaler, et ils ont été gentils et bons avec moi. L’opération n’a pas été très longue, et ils m’ont fait m’allonger après. Si seulement ils avaient poussé plus loin et qu’ils m’avaient aidée à trouver un endroit où me faire suivre pour ce qui m’était arrivé. Ce n’est que trois ans plus tard que j’ai commencé un traitement professionnel.

Même si je suis tombée enceinte contre mon gré, j’ai trouvé difficile de choisir de me faire avorter, et c’est une décision que j’ai mûrement réfléchie. Je pense que ce choix en est un qui n’est jamais facile à faire. Même pour une femme qui ne tombe pas enceinte des suites d’un viol.

Je suis heureuse de voir que l’avortement est toujours légal et accessible au Canada, et j’espère que ça ne changera pas. Je sais qu’il y a des femmes qui sont contre l’avortement, et que ce ne sont pas tous les hommes qui sont anti-choix. Mon vœu le plus cher serait que les hommes arrêtent de faire des lois qui visent les femmes et qui disent ce qu’on a le droit ou ce qu’on n’a pas le droit de faire avec notre corps. Il faut que plus de femmes s’impliquent dans cette question, au moins pour s’assurer que nos convictions et nos pensées soient mieux connues.




Morghan, 22 ans, Ontario (2007)

Je n’avais jamais pensé que ça pourrait m’arriver. Et d’ailleurs, qui y pense? Je m’occupais de mes études, je m’inscrivais à un nouveau programme et j’ai perdu la notion du temps en préparant mon dossier. J’ai manqué un mois de pilules… C’est tout ce que ça prenait, j’imagine. À toutes les autres femmes qui sont dans la même situation, voici ce que je vous dis : je sais que c’est douloureux maintenant, ça a fait mal à mon partenaire quand je lui ai révélé. Il m’a dit qu’il se sentait comme si on avait écrasé son âme. C’est un choix qui est dur à faire, mais qui est plus facile que de donner naissance à un pauvre enfant pour qui personne n’est prêt. Je ne regretterai jamais mon choix, même s’il y a des moments où je me sens seule. Réfléchissez à ce qui est le mieux pour vous. C’est dur, mais avec du recul, je sais dans le fond de mon cœur que j’ai pris la bonne décision. Inutile de faire souffrir un bébé à cause de mon erreur. Je sais que ce n’est pas stupide d’être tombée enceinte. Mais ça aurait été stupide si je n’en avais pas tiré de leçon.

En 1992, Monika se fait avorter en Colombie-Britannique

J’avais 14 ans, et je suis tombée enceinte même si je prenais la pilule. J’étais complètement atterrée. Je suis allée à la clinique sans rendez-vous qui était juste à côté de mon école secondaire, sans savoir que les médecins qui travaillaient là étaient anti-choix. Je leur ai dit que je voulais me faire avorter, mais ils m’ont répondu que ce service n’est pas disponible, un point c’est tout. (Mon bénévolat, puis mon emploi, à la Fédération du planning familial il y a quelques années m’ont permis d’entendre d’autres histoires similaires à propos de cette même clinique – pendant des années!). Avant de me renvoyer, le médecin de la clinique m’a donné une liste d’obstétriciens/gynécologues qui pourraient m’aider à accoucher ! J’étais désespérée. J’ai essayé toutes les drogues auxquelles j’avais accès – alcool, LSD – pour essayer de me déclencher une fausse couche, et je me suis donné des coups de poing dans le vendre. Je pleurais tous les soirs, pensant me suicider. Et un jour, j’ai vu l’annonce d’une clinique d’avortement à Vancouver (à environ six heures de route). Ça soulevait beaucoup de problèmes, parce que mes parents sont profondément anti-choix. (Encore aujourd’hui, ma mère m’accuse d’avoir assassiné son petit-enfant.) J’ai tout essayé pour réussir à prendre rendez-vous en cachette, mais mes parents ont découvert ce que je faisais, ce qui a créé plein de conflits. Ils étaient prêts à m’enfermer dans la maison, et je crois que je me serais suicidée s’ils l’avaient fait. À cause du médecin anti-choix de la clinique, j’avais déjà commencé mon deuxième trimestre de grossesse quand j’ai enfin réussi à me faire avorter, ce qui a provoqué de nombreux problèmes médicaux qui m’ont coûté un bon montant, notamment pour faire dilater mon col de l’utérus. Avec du recul, ça me semble louche. Il y avait des manifestants devant la clinique où j’ai subi mon avortement, et la clinique avait été peinte en rouge. J’ai dû traverser une file de manifestants qui m’ont crié après, en me traitant de tueuse. J’avais 14 ans et j’ai pris leur message trop à cœur. Je me suis mise à me détester, ce qui m’a poussée à des tentatives de suicide pendant plusieurs années après mon avortement. Le médecin qui m’a avorté n’était pas particulièrement doux ni gentil, contrairement aux infirmières et aux aides. Plus tard, j’ai appris que les avortements n’étaient pas disponibles dans ma ville parce que les médecins subissaient ce harcèlement. Et maintenant, il paraît qu’on doit en faire venir spécialement par avion…




Un avortement dans l’armée

En tant que membre des Forces armées canadiennes, je dois me rendre à un centre de santé de l’armée pour tous mes soins de santé. En avril, j’ai appelé l’hôpital militaire le plus près des chez moi pour leur dire que j’étais enceinte mais que je voulais me faire avorter. Je ne savais pas vraiment quel était le protocole à suivre pour l’avortement. Je ne savais même pas si je pouvais avoir recours à un avortement à la base. J’ai appelé l’hôpital pour demander de l’information sur la procédure et pour prendre rendez-vous. Ça ne s’est pas vraiment déroulé comme je l’avais prévu. Quand j’ai appelé l’hôpital, la réceptionniste ne savait pas où transférer mon appel. Plusieurs minutes plus tard, quelqu’un a trouvé où me référer. Avant de me transférer, elle a dit « Si on fait ça ici, on n’en parle pas ». La personne à qui on m’a référé m’a dit des choses qui ne sont généralement pas commune pour ceux qui ne sont pas militaires.

Contrairement aux autres femmes, on m’a dit que je devais participer à une séance de counseling pour discuter de mes options avec plusieurs personnes. Le docteur avec qui j’ai parlé m’a décrit cette séance comme une entrevue pendant laquelle ils allaient déterminer si je devais vraiment avoir un avortement. Apparemment, mon futur était entre les mains d’un groupe d’étrangers qui allaient décider si un avortement était vraiment nécessaire dans mon cas. Ensuite, le docteur m’a aussi dit que quand j’irais à l’hôpital de la base (parce que ce serait contre les règles d’aller dans un hôpital général), nous discuterions du fait que mon avortement allait apparaître dans mon dossier personnel. Puisque je suis membre des Forces armées canadiennes, mon droit à l’avortement était bloqué par des médecins qui allaient décider si la procédure était le meilleur choix pour moi et par un dossier personnel qui indiquerait à tous que j’ai eu un avortement. Je n’étais pas préparée à cela. Heureusement, il y avait une clinique Morgentaler pas trop loin de chez moi qui offrait des services d’avortement sans besoin de référence d’un médecin de famille. Je ne voulais pas de sessions de counseling pour tester si l’avortement était vraiment nécessaire, pas de médecin qui déciderait à ma place et pas de mention permanente dans mon dossier. Ce qui me préoccupe maintenant c’est que je sais qu’il y a des milliers d’autres femmes dans les forces canadiennes qui n’ont pas le choix que d’aller à l’hôpital de la base.




Un mauvais traitement au lieu de soins de santé

Original reçu en anglais. Traduction libre

J’ai appelé un hôpital dans une communauté rurale pour avoir de l’information sur les services d’avortements offerts. Lorsqu’on a répondu à mon appel, j’ai dit que je venais tout juste de me rendre compte que j’étais enceinte et que je pensais à me faire avorter. J’ai demandé si je pouvais me faire avorter à cet hôpital. Au lieu de répondre, la femme s’est mis à rire et a raccroché le téléphone. J’étais surprise mais je lui ai donné le bénéfice du doute et j’ai essayé d’appeler une deuxième fois. Cette fois, quand la même personne a répondu, j’ai dit « Je suis désolée, la ligne a été coupée. Je viens d’appeler pour m’informer sur vos services d’avortement. » Cette fois, la femme a soupiré en signe de désapprobation et m’a dit de patienter. J’ai attendu 10 minutes au bout du fil pour me faire raccrocher au nez.

J’étais frustrée et fâchée. J’étais blessée d’avoir été traitée avec si peu de respect mais je devais quand même savoir si des services d’avortement étaient offerts dans cette région. Puisque l’hôpital que j’ai appelé se trouve dans une région assez isolée, cela peut être difficile d’avoir un avortement à l’extérieur. J’ai décidé d’appeler l’hôpital une dernière fois, en utilisant un autre numéro. La personne qui a répondu n’était pas la même qu’auparavant. Je savais que j’avais bien appelé l’hôpital car la dame avait quand même répondu « Réception de l’hôpital, comment puis-je diriger votre appel? » J’ai reconnu la voix de la première femme à qui j’avais parlé en arrière. J’avais peur de me faire raccrocher au nez encore une fois alors je n’ai pas répété mon histoire.

À la place, j’ai demandé à la dame si elle pouvait me donner le nom et le numéro de téléphone pour une clinique médicale sans rendez-vous où je pourrais avoir la recommandation d’un médecin. Je n’ai même pas mentionné le mot ‘avortement’, je n’ai que demandé pour le numéro d’une clinique. J’ai eu l’impression que la femme a mis sa main sur le téléphone.

Je ne pouvais pas comprendre ce qu’elle disait mais j’entendais assez pour comprendre que la dame parlait à quelqu’un d’autre en arrière. Après un court moment, la femme est revenue et m’a dit : « désolée, nous sommes une compagnie forestière ici » et elle a raccroché. Je ne pouvais y croire. Pensait-elle que je ne l’avais pas entendu répondre au téléphone en disant « Réception de l’hôpital »? À la place de me transférer à un autre département ou de me donner un autre numéro de téléphone ou même de me dire qu’elle ne savait pas quoi me dire, elle m’a menti. J’ai appelé l’hôpital en espérant trouver de l’information sur les soins médicaux mais on m’a manqué de respect et on a même refusé de me donner l’information voulue. Étant isolée dans une petite municipalité, sans autre hôpital vers où me tourner, que pouvais-je faire?